Sabine Mirlesse by Dominique Baqué (French version followed by English translation)

version Française:

D’études religieuses interrogeant le mysticisme jusqu’à la photographie, il n’y eut qu’un pas à franchir pour la jeune Sabine Mirlesse qui, convaincue que la photographie s’inscrivait dans le champ de l’art, vécut trois mois, après un master en photographie à New York à Parsons the New School for Design, en résidence d’art en Islande, terre mystérieuse, énigmatique et magique : là où la terre respire, bouge, tremble, où les secousses sismiques se multiplient, où les volcans éructent leur lave brûlante, où le sol bouillonne, se creuse et se gonfle – terre de vie et de mort.

Là où les contes et légendes nourrissent une culture, là enfin où le lien entre un peuple et son sol s’avère d’une extraordinaire intensité.

C’est le début d’une aventure, placée sous une double égide : le mythe de la «Pompéi du Nord», ce village qui a bravement survécu à l’éruption inattendue du volcan Heimaey dans les années 70 ; et, plus étonnant, un vers de Robert Frost issu du poème «Directive» - «comme si c’était une carrière» - enseigné dans les écoles américaines où l’artiste passa son enfance, sorte de refrain qui revint sans cesse à ses oreilles lors de son séjour en terre islandaise.

Dernier vers d’un long poème qui évoque la recherche de sa propre source, en creusant loin, profond, pour y trouver de l’eau, certes, mais aussi et surtout sa propre identité.

Loin du reportage et du documentaire, c’est à la recherche de cette «source» que s’est vouée l’artiste, interrogeant la puissance de leur lien à la terre pour qu’après la destruction de leur village, les habitants aient choisi de combattre les éléments et de rester – envers et contre tout.

C’est que l’identité islandaise se fond dans la terre, comme l’explique ce couple âgé qui refusa de partir, malgré l’indemnisation du gouvernement, comme en témoignent aussi , à leur façon, les visages enduits de boue et leurs empreintes sur la toile : sous une couche de terre mêlant le gris et le vert céladon, les visages s’unifient, retrouvent une dimension primitive d’avant la «civilisation», puis s’impriment sur une toile blanche, contours plus ou moins définis, formes plus ou moins ressemblantes, renvoyant doublement à la photographie comme empreinte et aux premières mains imprimées sur les grottes pariétales. Quelque chose de l’origine, de l’originel et du primordial se dit ici. Fierté d’un peuple qui aime d’amour fou sa terre, et sait tout autant se fondre en elle que se battre et la maîtriser quand le volcan se réveille, et qu’il faut contenir les flux de lave.

L’œuvre de Sabine Mirlesse offre ainsi à notre regard ébloui la sauvagerie des laves incandescentes, le jaillissement des geysers, les brumes grises qui métamorphosent les paysages en contrées fantasmatiques, les gigantesques excavations qui creusent le sol – empreintes de créatures monstrueuses, surnaturelles ? - , mais aussi les tissus qui, partout, enserrent et protègent. Jusqu’à cette épaisse et chaude couverture de laine blanche dans laquelle s’enroulent, comme dans un cocon protecteur, une jeune fille et sa grand-mère, toutes deux prénommées Edda, un nom de saga viking...
Ni athée, ni croyante, Sabine Mirlesse accepte cependant les flux d’énergies , les mystères des éléments, comme elle souscrit à la quête d’identité. Nul hasard, dès lors, à ce que son prochain travail porte sur l’Arménie, ce légendaire Jardin d’Eden, un pays comme l’Islande, éclos au milieu de nulle part. Ni en Asie, ni en Europe.

Et là où, il y a des siècles, palpitait un autre volcan : Ararat.

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English translation:

With a background in religious studies questioning mysticism to photography, a young artist Sabine Mirlesse went to live three months in an artist residency in Iceland after receiving her Masters in Fine Arts in New York. Iceland-- mysterious, enigmatic and magical country where the earth breathes, moves and trembles and where earthquakes shift the landscape daily, where boiling lava forces its way its way up from volcanoes, where the ground bubbles falls concave and then expands - i.e. a land of life and death.

This is a land with a culture of stories and legends and where the link between people and their land is extraordinarily intense.

This is the beginning of an adventure under the double aegis of : the myth of the “Pompei of the North” i.e. the village that bravely survived the unexpected eruption of the Heimaey volcano in the 1970s and, more surprisingly, a line from a Robert Frost poem called “ Directive” , taught in the American schools in the region the artist spent her adolescent years; a kind of a refrain constantly coming back to her during her stay in Iceland.

The last line of the poem is about the search for a water source, by digging far away and deep to find a physical spring but, also and most of all, our own identities.

Far away from reportage or documentary photography, the artist kept searching for this “source”, questioning the nature and strength of the link between the residents of the destructed village who chose to stay and battle the elements and the land they inhabit.

Indeed, the Icelandic identity merges with the land as shown by an elderly couple who refused to leave in spite of the Government’s counsel. as it may be seen also in the faces coated with mud and their prints on the canvas. Under a layer of soil mixing grey and celadon green, faces become a united whole, summoning a primitive dimension harkening back to a period before “civilization”. Then, printed on a white canvas with rough edges, they reveal their organic shapes, and call to mind the very nature of the photographic medium as print, as well as the first hands printed onto the walls of pre-historic caves.

Here we witness something from the origin, something original and essential.

We also witness how proud these people are of their land. They have it in their blood and thus are able to merge with it as well as to fight its force when the volcano erupts.

The work of Sabine Mirlesse then shows us a magnificent wildness of incandescent lava, geysers’ spray, and grey mist transforming the earth into phantasmagorical landscapes, the huge excavations hollowing the ground – like the footprints of supernatural beings – but also the fabric that encloses and protects. There, we can see a young lady and her grandmother, both named Edda, wrapped in a thick and warm wool blanket in a protective cocoon.

Neither Atheist nor religious, Sabine Mirlesse nonetheless embraces the idea of streams of energy, the mysteries of the elements and the search for identity. It is not at all surprising that her next work will be about Armenia --a legendary country of Eden, like Iceland, which has bloomed in the middle of a space between, neither in Asia, nor in Europe and where, centuries ago, where the heart of another volcano once beat, a volcano named Ararat.

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